Lundi 11 juin 2012
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Une étrange affaire agite le Vietnam depuis le début juin : depuis des années, des ressortissants et des clandestins chinois sont en position d'observer tout ce
qui se passe dans une des principales bases militaires vietnamiennes, mais personne n'a jamais rien dit.
Du temps de la guerre du Vietnam, Cam Ranh dans la province de Khanh Hoa au centre du Vietnam avait abrité l’une des plus grandes bases militaires américaines. La géographie exceptionnelle de la
baie avait permis l’installation d’un port en eaux profonde, parfaitement abrité, et d’une base aérienne avec une piste en béton de 3000m de long.
Après le départ des Américains en 1975, la base n’est pas restée longtemps inoccupée : prise par les troupes du Vietminh, Cam Ranh a été louée à bail pendant 25 ans aux Soviétiques qui y ont
installé une station d’écoute, une flottille de sous-marins avec ses navires de soutien, et des avions de patrouille maritime à grand rayon d’action. Les Soviétiques puis les Russes y sont restés
de 1978 à 1993. Entre-temps, l’URSS s’est effondrée en 1991 ; la Communauté des États Indépendants qui lui a succédé n’a pas renouvelé le bail.
Cam Ranh n’en a pas pour autant été abandonnée : un aéroport civil a été construit sur une partie de la base aérienne, qui a vu son périmètre réduit. La base navale est utilisée par la marine
Vietnamienne qui y a basé plusieurs corvettes et les deux sous-marins qu’elle a achetés à la Corée du Nord (photo du haut) en attendant la livraison des six unités du type 636M (KILO dans la
nomenclature OTAN) qu’elle a commandés à la Russie en décembre 2009. C’est également à Cam Ranh que sont basés les chasseurs à réaction que l’Armée de l’Air vietnamienne achète à la Russie.
D’importants travaux de modernisation ont été entrepris (avec une forte assistance russe…) en 2010 et 2011 pour mettre la base à niveau et lui permettre d’accueillir les sous-marins KILO et les
12 chasseurs bombardiers Sukhoi Su-30MK que Moscou doit livrer.
Cam Ranh est, à l’évidence, une base clé pour le contrôle de la Mer de Chine méridionale, que la Chine entend s’accaparer. Cela n’a échappé ni à Hanoï, ni à Beijing…
Or précisément une série d’articles viennent de paraître dans la presse vietnamienne pour dénoncer la présence de nombreux ressortissants chinois autour de la base.
Situées à proximité du complexe aéroportuaire militaire de la baie de Cam Ranh, quelque huit cents hectares de fermes d’élevage de poissons, pour la plupart sans licence, font l’objet d’une
inspection des autorités de la province de Khanh Hoa. Des ressortissants chinois figureraient parmi les opérateurs de ces fermes d’élevage, rapporte le quotidien Thanh Nien (la Jeunesse), et leur
présence serait illégale. Aucun n’a déclaré d’activité d’aquaculture, et le nombre de Chinois qui travaillent sur la rade n’est pas connu.
Cette enquête intervient alors que des bateaux de pêche vietnamiens sont régulièrement arraisonnés par des bateaux armés chinois qui leur interdisent l’accès des zones de pêche dans l’archipel
voisin des Paracels.
Le Comité populaire de Cam Ranh a également été invité à enquêter sur la présence de Chinois en ville.
Un autre quotidien vietnamien, le Saigon Tiep Thi, a rapporté que les fermes d’élevage aquacole, où habitent et travaillent une dizaine d’employés chinois, sont situées à environ 200 mètres à
l’est du port militaire de Cam Ranh. Ces fermes, construites en dur contrairement à leurs voisines vietnamiennes, sont entourées d’une clôture et leur porte est fermée par une grille. Depuis
l’une d’elles, on voit parfaitement tout ce qui se passe dans la base navale. Leurs propriétaires élèvent des langoustes et des bars, achètent des alevins aux pêcheurs qui rentrent de mer, les
élèvent jusqu’à ce qu’ils soient commercialisables et les expédient en Chine où ils sont revendus avec un substantiel bénéfice. Ces propriétaires se sont installés là il y a six ou sept ans, bien
avant le début des tensions entre la Chine et le Vietnam au sujet des Paracels.
Nguyen Thanh Long, vice président de l’Équipe n°3 de Contrôle du Marché, explique qu’il y a quatre fermes semblables dans la baie de Cam Ranh. Elles sont tenues par des Chinois mais sont
enregistrées au nom de ressortissants vietnamiens.
Une coïncidence, sans doute.
Ces fermes ne sont pas sensées pratiquer l'élevage, mais tout Cam Ranh connaît leur existence.
Les autorités locales sont quelque peu embarrassées pour expliquer pourquoi elles n’ont jamais diligenté d’enquêtes sur ces Chinois. En période de tempête, les Chinois n’obéissent jamais aux
conseils de quitter les fermes flottantes et de gagner la terre ferme, ils prétextent de ne pas comprendre suffisamment le vietnamien, et disent préférer écouter la météo chinoise.
Une autre coïncidence, assurément.
De fait, les autorités avouent ne pas savoir exactement combien de Chinois travaillent dans ces fermes flottantes. L’absence de licence d’aquaculture leur donne une raison d’investiguer.
Un nombre inconnu de Chinois habitent et travaillent en portée de vue de la base navale de Cam Ranh, ils peuvent surveiller les allées et venues des bateaux de guerre et des avions en toute
tranquillité depuis des années, et ce sont les langoustes et les mérous qu’ils élèvent qui donnent un prétexte aux autorités pour aller voir combien ils sont et ce qu’ils font chez eux.
Le Vietminh n’est plus ce qu’il a été.