Jeudi 4 novembre 2010 4 04 /11 /Nov /2010 19:19

Carlos et Vladimir

Faisant suite aux démarches de Carlos Ghosn, le premier ministre russe Vladimir Poutine pousse Renault-Nissan à prendre le contrôle d'AvtoVAZ, premier constructeur automobile russe.


En réponse aux démarches entreprises depuis deux semaines par Carlos Ghosn, PDG du groupe Renault-Nissan, Vladimir Poutine a invité le groupe franco-japonais à porter sa participation au capital du constructeur automobile russe AvtoVAZ à 50% plus une action, ce qui revient à lui proposer de prendre le contrôle du premier constructeur automobile russe.

 

Renault a acquis 25% plus une voix dans AvtoVAZ pour un milliard de dollars en février 2008. Mais le fabricant des célèbres Lada (principale marque du groupe AvtoVAZ) a ensuite souffert de la crise économique mondiale et s’est retrouvé endetté de manière excessive. AvtoVAZ n’a renoué avec les bénéfices qu’au premier semestre 2010, dégageant un bénéfice net de 3,1 milliards de roubles (74,8 millions d’euros) après une année noire en 2009 avec une perte de 49,2 milliards de roubles (1,28 milliard d’euros) et une chute de près de 50 % du cours de la société. AvtoVAZ n’a du sa survie en 2009 qu’aux aides de l’état russe.

 

L’état russe avait à plusieurs reprises exprimé le souhait que Renault augmente sa participation, mais le groupe français avait jusqu’à présent indiqué ne pas prévoir d’acquérir des parts supplémentaires dans une entreprise confrontée à de telles difficultés. Les dernières déclarations de Carlos Ghosn changent la donne.

 

A l'heure actuelle, la banque d'investissement Troïka Dialog, Renault-Nissan et le conglomérat public russe Rostekhnologuii détiennent chacun une minorité de blocage (25% plus une action) d'AvtoVAZ. Le rachat des 25% appartenant à Troïka Dialog conférerait au groupe franco-japonais le contrôle majoritaire (50% plus une action) du premier constructeur automobile russe.

 

« Le premier ministre a dit ne pas s'opposer à ce que la part de Renault-Nissan dans le capital d'AvtoVAZ s'accroisse et atteigne même 50% », a déclaré Carlos Ghosn le mardi 2 novembre 2010 aux journalistes à l'issue d'une rencontre avec Vladimir Poutine.

 

M. Ghosn a refusé de citer les principaux paramètres de la transaction (délais, étapes et conditions de cession), soulignant que « cette question serait négociée avec Rostekhnologuii et Troika Dialog ». Il a toutefois précisé mercredi que son groupe était en pourparlers pour le rachat de la part de la banque d’investissements. « Mais aucune décision concrète n’a été prise. On a le temps, nous ne sommes pas pressés », a ajouté M. Ghosn.

 

Contactée par l’AFP, la banque Troïka Dialog n’a pas souhaité commenter cette déclaration.

 

Les raisons qui poussent Renault-Nissan à s’intéresser à AvtoVAZ sont de trois ordres. D’abord, le groupe a tout intérêt à ce que son partenaire renoue durablement avec le bénéfice, après les pertes essuyées en 2009. Ensuite, AvtoVAZ a vu sa dette apurée par l’état russe et le nombre de ses employés a été singulièrement réduit suite à la restructuration que lui a imposée l’état ; les chaînes de production modernisées par Renault-Nissan se rapprochent des standards d’Europe de l’Est. Enfin, les ventes automobiles repartent à la hausse en Russie et devraient atteindre trois millions de véhicules en 2013, soit l’équivalent du marché brésilien.

 

La prise de contrôle d’AvtoVAZ permettrait à Renault-Nissan de produire simultanément des Lada et des voitures des gammes Logan et Sandero destinées tant au marché russe qu’aux pays émergeants. Cela pourrait partiellement compenser son absence du marché chinois, sur lequel son concurrent PSA a réussi son implantation.

 

Pour financer le rachat des parts de Troïka Dialog, Renault pourrait investir une partie des 2 milliards d’euros de la vente de sa participation dans les camions Volvo. Cependant, le groupe franco-japonais reste très endetté et doit encore rembourser les aides reçues de l’état français. De sorte que son plan de financement d’AvtoVAZ devra vraisemblablement être négocié à trois avec la banque d’investissements russe et l’état français, d’une part, et s’étaler dans le temps, d’autre part.

 

M. Ghosn a raison : cette acquisition, si elle s’opère un jour, prendra du temps.

 


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Par Dom Bosco - Publié dans : Actualité - Communauté : l'actualité en général
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